Facebook vous fera voir « De quoi parlent vos amis »

Un Journaliste de Mashable a récemment publié un screenshot de la version android de facebook, montrant un ensemble de publications agglomérées, permettant de voir en une fois l’équivalent de trois ou quatre scrolls*. Vous ne trouvez pas une toute petite ressemblance avec un certain réseau social au petit oiseau?

Ce n’est pas la première fois que le réseau de Zucky « emprunte » une des spécificités d’un autre, tant qu’on pourrait même dire que la copie est la base du processus innovant du géant bleu. Rien ne dit quand la fonctionnalité sera activée pour le grand public, mais au rythme ou ça va je ne serai pas surpris de voir un jour un bouton follow intégré dans l’application de messagerie Whatsapp. 
*scroll: action de faire « dérouler » un fil d’actualité, par une glissade du doigt sur un écran tactile, du haut vers le bas.

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La copie, le plagiat, qu’y a-t-il de mal à ça?

Nous détestons apparemment les copieurs de ce coté du monde. Même quand on veut copier ce qui est bien on insulte. Dès que quelqu’un fait quelque chose qui semble ressembler à un semblant de ce que nous avons fait, on réagit de façon épidermique.

Première question : en quoi est-ce mal de copier? De « s’inspirer »? Et si c’est mal de copier, qu’est-ce qui est bien ? Agir tous seuls comme si nous vivions sur une île ?

*OUI CA FAIT PLUSIEURS QUESTIONS ET ALORS*

Puisque ce sont les mêmes qui disent aussi que « nous » sommes trop individualistes. Est-il possible de partager sans copier ?

Nous nous moquons de ceux qui copient, surtout s’ils copient mal. D’ailleurs c’est uniquement quand c’est mal copié qu’on dit que c’est « copié », car ce mot porte un gage de mauvais goût, de manque d’inspiration, de nullité, de faiblesse, et de plein d’autres synonymes pas gentils du tout.

Les humains aiment bien se moquer.

Les bienfaits de la copie

Nous nous moquions il y a vingt ans des fausses versions de chaussures qui nous venaient du Nigeria, on disait « c’est la baba ».

Première chaussure de sport "made in Africa", de Funfere Koroye, Nigérian. Crédits: Blk-Sqr.com
Première chaussure de sport « made in Africa », par Funfere Koroye, Nigérian. Crédits: Blk-Sqr.com

Nous nous moquions des [Très] fausses versions de chaussettes, de sacs, de plats, qui venaient de Chine. Nous disions « c’est le chinois ».

Nous sommes en plein salon de l'auto de Shangaï, en Chine. Surprise : les constructeurs chinois copient sans vergogne les voitures européennes et ils n'ont aucun scrupule pour les montrer au public…
Nous sommes en plein salon de l’auto de Shangaï, en Chine. Surprise : les constructeurs chinois copient sans vergogne les voitures européennes et ils n’ont aucun scrupule pour les montrer au public…

L’Europe se moque d’ailleurs encore de la Chine, pour preuve l’article d’où sort cette image.

Cependant c’est à force de s’inspirer du bon exemple qu’on arrive à l’excellence. Dans la limite de la légalité bien sûr.

Le problème, c’est l’hypocrisie dont nous faisons parfois preuve. Nous nous moquons lorsque nous voyons certains essayer de singer la « danse africaine », d’imiter le chant « africain », et un jour nous sommes surpris d’écouter aux auditions à l’aveugle une voix digne d’Aretha Franklin, de buzzer, de se retourner, et de voir une demoiselle blanche comme le lait. Nous lui demandons si elle a des origines créoles, et *Oh surprise* elle a appris en imitant les voix de ses idoles. Copie or not copie ?

Les méfaits du plagiat

Il faut aussi relativiser, car « copier c’est mal ». Ca ne ferait plaisir à personne de savoir que le fruit de mois ou d’années de travail a été volé. Mais le mot qui correspond ici c’est « plagiat », ou « copie illicite ». Et c’est un délit, punit par la loi. Lorsque l’on copie l’autre, on prouve soit qu’il de loin meilleur que nous, soit que nous sommes nuls. Mais là ça soulève aussi une question intéressante.

Qu’est ce qui est bien à copier ? Qu’est ce qui ne l’est pas ?

Il y a cet adage *que je n’ai entendu de ma vie que de la bouche des noirs d’ailleurs*, qui dit :

« Le noir sait seulement copier ce qui est mauvais ». Mais d’un autre coté le fan de japanimation que je suis ne peut s’empêcher de penser à Kakashi, ce personnage exceptionnel de l’univers NARUTO *horrible fin, soit dit en passant* qui avait comme talent d’être un incroyable génie. Comme preuve de son génie, il avait réussi à copier, grâce à un œil que son ami lui a offert *on est dans un manga, tout est possible*, plus de mille techniques.

Mais il ne fait pas que les copier, il les sublime. Il fait de la copie un art, comme ces faussaires dont les œuvres se trouvent au Louvre ou ailleurs, et qui, comble d’ironie, sont parfois plus appréciées que les œuvres originales. C’est bon à savoir, tant qu’on y est, que même les faussaires signent leurs œuvres. Ils ne peuvent apparemment pas s’en empêcher. Comme un geste militant, voulant faire de la copie un art à part.

Copier, parfois, souvent même, c’est bien. Il faut juste savoir quand. Mais pour certains plus que d’autres, c’est une nécessité de copier, lorsqu’ils sont trop originaux, ou pas assez.

Permettez-moi de prendre un exemple complètement subjectif. Il y a des personnes qui sont littéralement incapables de « faire les choses normalement ». Des personnes marginales dans l’âme. Pour celles-ci, la seule possibilité de survie consiste au mimétisme. On va singer les attitudes, les comportements. On va copier, et ce sera certes ridicule au début, mais ça ira avec le temps. Sont-ils de mauvaises personnes pour autant ? Tiens, ça permet de lever une autre question.

copier, oui, mais bien.

On ne copie que les références, qu’on s’entende. Personne n’irait imiter quelque chose de mauvais *entendez « mal fait »*, mais sommes nous vraiment sûrs que ce que nous copions est bien ? Par exemple, on entend de plus en plus sur les radios des auteurs musicaux qui prônent le retour à la « culture africaine », comme si la culture africaine avait pris des vacances aux Bahamas à cause de l’hiver.

Lorsqu’on entend son frère du pays dire cela on a l’impression que le bonhomme va nous jouer un makossa de folie, en y ajoutant un peu d’actualité. Suspense insoutenable, envie, besoin d’écouter. Et qu’est ce qu’on entend ? Afrobeats comme ils l’appellent. Je ne sais pas ce que c’est, mais en tous cas ce n’est pas l’assiko*, ce n’est pas l’ambassi bé*, ce n’est pas l’abélé*. Je n’entend pas mendjang**, je n’entend pas konga**, ni balafon**. Bend skin* ? Non. Pourtant le titre dit que… Bref.

Nous arrêtons de copier Paul, pour copier Pierre. Ou en l’occurrence, nous délaissons Chris ou Jay pour Fela ou Castro. Bonne ou mauvaise copie ?

D’ailleurs, qu’est-ce qui est une bonne ou une mauvaise copie ?

J’ai écouté Hervé Nguébo dernièrement, un jour que mon stock de musique chrétienne s’épuisait. Par hasard. J’étais tellement certain que c’était un nouvel album de Bona que j’en ai sauté de joie, surtout que j’avais senti une afro-sensiblité qui n’est pas trop dans les habitudes du maitre de la basse. J’ai péché ? Ou bien c’est Hervé Nguébo qui a péché ? Ou Richard Bona qui a péché ? C’était là une bonne ou une mauvaise copie ?

Pour finir sur une note un peu personnelle, J’ai déjà été « victime » de plagiat. Une critique d’un groupe de musique français que j’aimais beaucoup, Kyo. L’article avait été copié textuellement, il n’y avait aucune mention de crédits en bas de page. Vous savez ce que j’ai ressenti à ce moment là ? De la fierté d’abord, ensuite de la frustration. Car si j’avais su qu’on me copierait, j’aurais essayé d’écrire des blagues plus drôles ;-).

peut-être ai-je mal compris ou interprété le concept de copie, mais j’ai du mal à interpréter que le fait d’être un modèle pour les autres soit une hantise, au lieu d’être une fierté. Car entre nous, qu’il s’agisse de vos idées, de vos projets, de vos textes, il y a une certitude. Si on réussi à vous copier, c’est que vous n’étiez pas si originaux que ça.

Que pensez-vous de la copie en général ? Que considérez vous comme bonne copie ? Quels sont vos exemples de « bonnes copies » ? Avez vous déjà ressenti que vous aviez été plagiés ou copiés?

C’était la chronique d’Ad, et je me suis inspiré du blog de Floriand Ngimbis pour construire ma plume. Je n’ai même pas honte.

*L’assiko, l’ambassi bé, l’abélé sont des chants et danses traditionnelles sawas.
**Le mendjang, le konga, le balafon, sont des instruments largement utilisés pour la musique dite « africaine ».