Est-ce que la fin justifie les moyens?


Tout dépend de ce qu’on appelle « fin », « moyens », et « justifie ».

Emmanuel Kant est un philosophe allemand des lumières. Il a particulièrement influencé les notions de morale et certains considèrent son travail comme l’un des plus aboutis et des plus pertinents de son temps. Dans une de ses oeuvres il établit une maxime de la morale qui répond directement au titre de l’article.

Wabidiboo, c’est la Chronique d’Ad et cet billet est mon premier et [j’espère] le dernier article de développement personnel que j’écrirai de ma vie.

Si j’en crois ce que je lis à son sujet, Kant aurait été un profond détracteur du concept de développement personnel mais une de ses maximes les plus solides peut servir d’introduction coup de poing pour un coach en dépassement de soi.

[Oui. Ça existe.]

Pour arriver à sa phrase, il faut passer quelques détails barbants, mais on va y aller doucement. L’idée principale que je vais tenter de démonter avec vous est celle-ci :

1-La fin justifie les moyens, explication.

La phrase peut être comprise de différentes manières mais je vais me concentrer sur l’acception générale. Ici, par le mot « fin », entendez le but, la finalité recherchée, l’objectif final visé. Pas comme dans la phrase « la fin du film était triste », mais comme dans la phrase « à quelles fins avez vous acheté cette arme »?

Le mot « moyens » me semble évident. Mais comme définir les évidences est un bon moyen d’avoir l’air intellectuel, pourquoi se priver? Je définis un « moyen » comme une cause volontaire permettant d’arriver à une conséquence voulue. Je précise que cette cause peut être de toute nature: solide, liquide, conceptuelle, vivante, même humaine.

Le mot « justifie » est plus complexe. C’est de ce mot que vient l’ambiguïté de la phrase. Je donne deux sens à ce mot dans la phrase qui nous concerne:

  • Justifie, « explique » comme dans la phrase « justifiez l’usage du plus que parfait du subjonctif dans ce texte ». Ici, justifier revient à expliquer. Si la fin « justifie » les moyens, cela signifie qu’elle les explique. En d’autres termes, le fait de donner le but pour lequel on effectue une action, est suffisant pour expliquer cette action. « Pourquoi as-tu mangé de ce fruit »? « Parce que j’avais faim » est une réponse suffisante.
  • Justifie, « excuse ». Ici, « justifie » agit dans son sens étymologique, « rend juste ». Si le but pour lequel on effectue une action est noble, cette dernière l’est tout autant. Si prêcher l’Évangile est une noble cause, l’usage de la force est rendu juste, puisqu’il sert la noble cause sus-citée. C’est selon cette perception que la phrase est souvent comprise et c’est elle que je vais essayer de mettre en perspective avec une idée qui a été révolutionnaire pour mon esprit, qui le sera pour le votre aussi, j’espère.

2-La fin justifie les moyens, défense.

La bombe américaine tombée sur la ville d’Hiroshima, au Japon. C’est l’exemple le plus simple et le plus intuitif d’une action jugée mauvaise mais dont les conséquences bonnes semblent surpasser le négatif des moyens. Une action pour laquelle la fin justifiait les moyens.

Les exemples sont nombreux, de situations pour lesquelles le but à atteindre défend les moyens discutables utilisés pour l’atteindre.

En outre, il existe aussi des personnes pour lesquelles la fin justifie les moyens. Il s’agit de personnes qui ne s’encombrent pas de détails tels que l’éthique, la morale, l’intégrité lorsqu’ils veulent atteindre leurs objectifs. On les dit carriéristes, arrivistes. Entre nous soit dit, les success stories des ténors des géants de la technologie s’embarassaient peu de ce genre de considérations et tout le monde veut leur ressembler non?

3-La fin, les moyens, les humains et Kant.

Enfin, on entre dans le vif de l’article. La maxime de Kant dont je parlais tout à l’heure, qui va à contre sens de l’idée que j’ai énoncée plus haut est celle-ci :

Emmanuel Kant (1724-1804): « Traite toujours autrui comme une fin et jamais seulement comme un moyen »

Ce qu’il dit, c’est qu’il ne faut jamais traiter un individu comme un moyen d’arriver à tes fins. Ça change un peu le sujet de départ. Par exemple:

Quelqu’un qui ment, c’est quelqu’un qui piège l’esprit d’un autre individu pour atteindre un but. On utilise l’autre comme un moyen, c’est mal.

Quand on achète du lait à sa femme, elle est la fin, l’objectif, c’est bien. Mais si on achète du lait à sa femme dans le désir d’obtenir des faveurs dans la soirée, elle est un moyen, c’est mal.

Voler c’est prendre la chose de quelqu’un pour soi même. L’autre est un moyen, c’est mal. Vous voyez où il veut en venir?

Je tiens à dire que j’ai certainement désossé l’idée de Kant au passage, car je n’ai pas lu son œuvre, j’ai lu un article dessus que je vous partagerai en dessous. Ce n’est pas le plus important.

Ce que je désirais partager, c’est ce pas de côté dans la réflexion. Jusqu’à présent, je m’étais toujours posé la question en ce terme: « est-ce que la fin justifie les moyens ou pas »?

Mais avec cette position de Kant, je me retrouve non pas avec une réponse à ma question, mais avec un tout nouveau point de vue, une nouvelle approche.

Le focus ne se trouve plus entre la fin et les moyens, mais se concentre sur une nouvelle variable, l’humain.

La réponse de Kant à la question serait peut-être :

« Oui, la fin justifie les moyens tant que la fin est un humain, et que les moyens ne le sont pas ».

Je reconnais que disposé comme ça, beaucoup de choses deviennent mauvaises:

-L’employeur paye un employé pour un but. L’employé est un moyen.

-L’homme qui épouse une jeune fille simplement pour avoir « quelqu’un à la maison ».

-La maman qui se « soumet », à son mari parce qu’elle veut avoir la paix.

Sous ce prisme, les humains sont de véritables ********* 23h/24. Ceci dit… Est-ce que c’est faux?

Je n’ai pas moi-même la réponse à la question hein, je trouvais simplement intéressant de vous faire réfléchir sur ce sujet.

Ceci dit, j’ai une ébauche de réponse, qui me suffit amplement à dormir le soir. Premièrement, il y a un élément assez drôle que je trouve dans la pensée de Kant: le même acte peut être labellisé « bon » ou « mauvais » en fonction de l’objectif visé par l’individu qui le commet. Acheter une voiture à sa fille pour lui faciliter la vie, c’est bien, mais si c’est pour que je puisse gonfler devant les potes, c’est mal.

On se retrouve avec une notion de mal « objectif », indépendant de celui qui le commet mais dépendant uniquement de « l’attitude du cœur ». Ça ne vous rappelle personne?

Répétez après moi: Jééésus. Oui. Voilà.

Rien ne me laisse être certain que Kant était chrétien, j’ai vérifié. Cependant certaines thèses qu’il défendaient, comme son idée de la morale que j’ai exposée ici, sont tout bonnement intenables dans une perspective athée, déiste, ou même simplement non chrétienne.

C’est rassurant de savoir qu’on peut être pensant et croyant, contrairement à l’idée populaire.

Je ne vous ai finalement pas donné ma réponse : la fin justifie-t-elle les moyens? Ok. Je ne le fais qu’à condition que vous me donniez votre réponse aussi d’accord? D’accord.

Ma réponse est celle-ci :

Marc, 38-34.

C’était la chronique d’Ad.

Le résumé de la maxime de Kant (en anglais)

Le résumé de la maxime de Kant (en français)

Un article sur la position religieuse de Kant

Un autre article qui va te faire réfléchir pour rien

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