Un blogueur africain est un écrivain.


Paul Emmanuel Ndjeng est un créateur de contenu camerounais qui vient de publier son premier livre, « Manuel pour blogueurs débutants ». Inbound361.com, le blog de Paul Emmanuel, a fêté un an d’existence en novembre 2017.

Pour comprendre en quoi la publication du livre de Paul Emmanuel Ndjeng constitue une info que je trouve super intéressante, il faut savoir une chose: écrire au Cameroun n’est ni facile, ni populaire, ni même gratifiant. Pire, un « blogueur » est considéré comme un individu peu recommandable si l’on se fie à quelques sorties médiatiques des deux dernières années. Du coup quand on apprend la sortie du livre de PEN, on se rend compte du contraste violent qui apparaît entre le travail de création de contenu au Cameroun, en Afrique francophone et ailleurs.
Dans ce petit pays de l’Afrique centrale, les activités un peu atypiques sont culturellement considérées comme des non-metiers. Si en plus l’activité n’est pas (où est peu) génératrice de revenus, faites le calcul. En gros, être blogueur, c’est être un chômeur qui écrit, d’où la surprise quand on apprend qu’un blogueur à publié un livre, vu qu’écrire (et lire d’ailleurs, pour certains), c’est un truc de riches qui s’ennuient.
Pourtant, le livre est là. Car malgré le mépris des foules et des élites, l’histoire du numérique camerounais et plus spécifiquement du blogging regorge de succès, de contenus pertinents, de scènes plus ou moins inspirantes qui permettent de dire que le livre de PEN, sans permettre de prouver que le numérique c’est le futur, peut au moins encourager un vieux papa récalcitrant à laisser avancer son enfant dans cette voie.
Pour aller dans le vif, ce livre apparaît pour moi comme une bouffée d’air frais dans le paysage des contenus camerounais et africains francophones. Deux raisons justifient mon sentiment: d’une part le caractère novateur et en même temps traditionnel de la parution d’un livre signé par une plume digitale, d’autre part le contexte; en effet les blogueurs n’ont pas trop la côte ces derniers temps, ni entre eux, ni parmi les autres clans du numérique.

Lorsque je vois les succès d’un blogueur, je n’arrive pas à m’empêcher de penser au mépris affiché par certaines personnalités publiques. Les attaques à coups de publications interposées envers les blogueurs au cameroun, c’est devenu un fait d’actualité qui se voit aussi bien dans les médias sociaux que traditionnels: artistes, journalistes, députés, parents, entrepreneurs. Pourtant il y a du bon chez les blogueurs, Sissi croyez moi.

L’écriture d’un bouquin par un blogueur professionnel, dans un pays comme la France par exemple a eu souvent la même pertinence que la sortie du nouveau harlequin de Danielle Steel. Tellement commun qu’on ne fait pas la publicité, tellement léger qu’on en fait du papier cadeau. J’ai à l’esprit la sortie du livre « EnjoyMarie » de la youtubeuse EnjoyPhoenix qui avait suscité une sorte de moquerie passive de la part de certains médias:

« Alors elle a fini de faire ses selfies et veut montrer qu’elle sait lire maintenant ? On aura tout vu ». Je paraphrase mais n’exagère même pas. Du papier cadeau je vous dit. Cependant son livre a vaincu Guillaume Musso ou Luz sur le seul champs de bataille qui compte, les librairies : avec 180 000 exemplaires écoulés, je la réédite quand vous voulez.

Dans un pays comme la France ou l’Angleterre qui regorgent d’intellectuels productifs et mis en avant, il y aura dans la publication du livre d’un blogueur la reconnaissance du marché par les ventes (puisque l’auteur a déjà un public acquis) mais pour la reconnaissance critique, faudra passer ton bac avant ma jolie.

À contrario, dans un pays comme le Cameroun, la reconnaissance critique semble acquise. Qui écrit encore des livres à part les universitaires et les hommes politiques emprisonnés ? Plus pertinente encore comme question: qui les lit? Les espoirs de succès dans les librairies restent chimériques (vu qu’à Douala on a vraiment peu de librairies) mais les faits parlent d’eux mêmes et le livre de PEN l’exprime sans qu’on en ait rien lu:

« Blogueur » dans un pays d’Afrique francophone, le mot, l’idée, revêtent peu à peu un sens bien différent de celui que l’on connait.

Un blogueur est un saltimbanque. Un blogueur africain est un écrivain.

C’était la Chronique d’Ad.

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2 réflexions au sujet de “Un blogueur africain est un écrivain.”

  1. J’aime beaucoup le sarcasme qui transparaît dans ton écriture. Je tire encore beaucoup d’informations de ce billet. Les disputes entre blogueurs qu’elles existent ( je ne parle pas des disputes entre personnalités publiques et autres).
    L’écriture a moins de valeur que la musique et, dès fois, ça me soule

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