Comment pondre un fichu papier.


Au pic de mon activité sur le blog, en fin 2015, je publiais à peu près un article long par mois et un billet court toutes les deux semaines. Je n’ai jamais pu revenir à ce niveau de publication depuis, pourtant je continue de me faire appeler blogueur lorsque je pose des questions dans les conférences.

Dans l’épisode 3 du podcast de BakwaMag, Florian Nguimbis dit en substance que l’activité de création de contenu au Cameroun est une vaste blague. Il y parle de blogs réputés de référence avec zéro actualisation sur les derniers mois d’existence, de la recherche incessante de ce qu’on appelle le « Gombo », des projets éditoriaux sans queue, ni tête, ni avenir.

Il dépeint une image bien triste et doublement choquante venant de sa bouche pour deux raisons:

1-Florian Nguimbis est à peu près le Samuel Eto’o du blogging camerounais.

2-Aussi irritant qu’il puisse être (je trouve ses propos odieux), il n’a pas tort.

En écoutant son propos de bout en bout je ne peux m’empêcher de revenir à mon contenu et de réfléchir profondément : où en sont mes belles promesses de début d’année? Ou plutôt, comme cela s’exprime dans mon esprit: « purée, qu’est-ce que tu fous là »?

Mon dernier article long date de mars 2018. Mes publications sont plus épisodiques qu’une action cohérente d’un gouvernement totalitaire. Si on parle des vues ou de la satisfaction des lecteurs, même les larmes en ont les larmes aux yeux tellement c’est affligeant. Aussi fort puisse être mon désir de dire à M. Nguimbis d’aller battre ses œufs en neige, il a raison. Méchamment raison.

Du moins, me concernant. Parce que le marasme créatif dont je souffre n’atteint manifestement pas certaines plateformes. Je pense en particulier à Inbound361.com de l’excellent Paul Emmanuel Ndjeng et Voilà-moi, de mon homonyme Alain Youndjeu. Ceci dit d’autres polémiques touchent ces deux là, de sorte qu’on puisse dire qu’ils sautent de Charybde en Scilla.

😑

J’interroge mon esprit à chaque fois que je vois la dernière heure du samedi s’écouler, prenant conscience que j’ai encore laissé passer une semaine sans publier. Et à chaque fois, la même question me vient:

« Où est le temps »?

J’ai en mémoire un article de M Nguimbis dans lequel il répond à son public lui reprochant ses publications épisodiques (À l’époque il pouvait passer des semaines voire des mois sans publier et ensuite réapparaître comme une fleur au milieu des orties sans crier gare). Le bonhomme avait tout bonnement envoyé son public se faire voir. « Après tout je n’ai pas que ça à faire » avait-il écrit entre deux lignes. Après tout, je ne crois pas que le blogging lui aurait permis de doter sa femme donc il y a du sens dans ses propos.

Ou pas.

Je n’ai plus le temps d’écrire parce que les obligations professionnelles et familiales ont pris une autre ampleur en trois ans. Les billets de blog, ça ne paye pas les factures. La qualité demande du temps. Peu importe la forme et la tournure, c’est la manière polie de dire que je ne vous respecte pas. Que je ne respecte pas l’engagement que j’ai pris avec moi même de produire du contenu à valeur ajoutée, ou plus simplement, que je ne respecte pas le but que je me suis en lançant ce blog: Écrire un peu plus chaque jour, me rapprocher de mon rêve d’être écrivain professionnel. Parce qu’entre temps, il y en a qui, malgré les défis, continuent.

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Chase Cook, journaliste au Capital, après la tuerie du 28 juin 2018

Le « Capital » est un journal papier américain de la ville d’Annapolis, dans l’état du Maryland. Dans la journée du 28 juin, ils préparent l’édition du lendemain comme d’habitude lorsqu’à 14 heures 33, un homme entre avec un fusil, tire sur les personnes présentes en cherchant à faire le maximum de victimes possibles. La tuerie fait 5 morts et deux blessés dans la rédaction.

Dans la liste des choses qu’on ne prépare pas, je suis presque certain qu’un homme armé faisant un carnage doit être tout en haut, juste après l’Harmageddon. Si il y un groupe de personnes qui pourraient dire qu’ils n’ont « pas le temps d’écrire », ce sont les journalistes du Capital à ce moment là. La réaction de toute l’équipe éditoriale serait donc logique, ne pas publier le lendemain, faire une page blanche et un simple et sobre « In memoriam ». Pourtant le soir même, Chase Cook, journaliste pour le Capital Gazette et le Baltimore Sun Media Group, publie ce tweet, à 23h 38:

I can tell you this: We are putting out a damn paper tomorrow.

— Chase Cook (@chaseacook) June 28, 2018

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En français « Je peux vous dire ceci: Nous allons sortir un fichu papier demain ».

Des journalistes attérés, effrayés, probablement traumatisés par un massacre qui a eut lieu sous leurs yeux, qui auraient absolument toutes les raisons de ne rien faire d’autre que pleurer et dormir. Moins de douze heures après le drame, pondent une édition nette et propre, sans faillir. Et devinez ce qu’ils mettent en couverture ?

« Couverture de l’édition du 29 juin 2018 du Capital, douze heures après la tuerie

Moi, c’est ce que j’appelle un foutu papier.

C’était la chronique d’Ad.

Publié par

4 réflexions au sujet de “Comment pondre un fichu papier.”

  1. « Du coup », je ne sais pas quelle résolution tu as prise. Vas-tu publier aussi souvent?
    Olivier Roland te dirait que le blogging paye. Maintenant, je ne sais pas si le milieu Camerounais y est propice.
    Je veux ma conclusion 😑

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    1. Olivier Roland dit que « le blogging paye » mais il oublie de préciser le niveau de complexité, voire même de danger que peut représenter cette activité dans un pays non réglementé.

      De plus, son métier étant de vendre des formations pour blogueurs, on peut légitimement questionner son degré d’impartialité lorsqu’il promeut l’activité.

      Malgré tout, j’ai effectivement l’intention de rattraper un rythme digne de la qualité de la participation des lecteurs du blog.

      Merci pour la participation et bienvenue sur le blog!

      J'aime

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