Oui, Il y a une différence entre contenu citoyen et politique


Les créateurs de contenu, blogueurs, journalistes, médias traitent souvent de sujets qui peuvent être mal interprétés et donc mal analysés. Dans les contextes africains, aborder des sujets qui touchent de près ou de loin à la politique est toujours difficile, même lorsqu’on en est vraiment très… Loin. Parce qu’entre devoir citoyen et espoir politique, il y a un écart.

Rebecca Enonchong est une des personnes les plus influentes de la scène numérique africaine. Ses publications et commentaires sur l’entrepreneuriat, l’investissement et la tech sont lus et entendus par des milliers de personnes en Afrique et dans le monde. Son air maternel et son attitude pleine d’assurance font d’elle une oratrice de talent, et sa verve est particulièrement appréciée sur les réseaux comme Twitter. Depuis un moment elle y est d’ailleurs engagée dans une lutte citoyenne profonde ayant pour but la restauration de l’Internet dans les régions Nord ouest et sud ouest du Cameroun, son pays d’origine.

La question fondamentale ici est: sur quelle base un influenceur du monde technologique peut-il s’appuyer pour effectuer ce genre d’actions?

Citoyen et politique, de quoi parle-t-on?

Un acte citoyen est celui qui vise l’amélioration de la vie de notre société. Un acte citoyen est toute action qui améliore le vivre ensemble, ce qui peut prendre de multiples formes. Trier ses déchets, aider les grand-parents à traverser la route, ou ne pas gaspiller la nourriture. Le domaine de définition est tellement vaste qu’on peut quasiment retrouver dans toutes les actions en société, une manière citoyenne d’agir.  Or dans les actions citoyennes on retrouve aussi celles qui sont du domaine politique, ce qui peut créer un amalgame, même si les deux idées sont bien distinctes.

A priori, un acte citoyen n’est pas forcément politique, à moins que l’auteur décidé expressément de lui attribuer ce caractère. En jetant mes ordures dans une poubelle j’agis en citoyen responsable mais certainement pas en politicien. Cependant, si je le fais avec trois cents militants derrière moi, deux caméras de la télévision nationale et un propagandiste en guise de reporter, effectivement, ça peut être politique.

Lorsu’un acte politique a pour objectif une portée citoyenne, on parle d’engagement citoyen. Lorsque c’est un acte citoyen qui a une portée politique, comme le fait de voter par exemple, on parle de participation citoyenne, et c’est ce dernier domaine que nous allons tenter d’appliquer aux réalités du contenu numérique. Pour aller plus loin, je vous recommande cet excellent article de Citizenlab sur la différence entre les deux concepts.

Et le contenu dans tout ça?

J’ai commencé par définir le « contenu citoyen » comme celui qui est publié pour améliorer les conditions de vie de la cité ou au moins identifier les problèmes qui la concernent. Un contenu citoyen serait de deux ordres: soit du contenu dédié aux citoyens et produit par le gouvernement (les statistiques nationales par exemple), soit du contenu produit par les citoyens eux mêmes, pour leur propre bien. Pour une illustration de mon propos, vous pouvez jeter un oeil au blog d’Hervé Villard qui donne des informations sur le Cameroun sans parti pris. Sans parti pris. C’est là où les problèmes commencent

Dans un contexte clairement démocratique, la question ne se poserait pas, ces notions serait conçues comme des évidences. On laisserait la politique aux politiciens, la citoyenneté aux citoyens, et je pourrais poster mes photos de chats tranquille sans avoir à publier mille cinq cents mots sur un sujet qui n’intéresse que Befoune, et à la rigueur Anne kedi.

Mais dans des contextes comme ceux des pays africains où un coup d’État a lieu tous les six mois, les créateurs de contenu ne peuvent pas s’empêcher d’être touchés par les choses qui se passent autour d’eux. Ils ne peuvent donc pas s’empêcher d’en parler, même si il ne s’agit pas forcément de leur domaine exclusif d’activité. La consequence fatale, c’est que des amalgames sont faits, parfois par erreur, parfois à dessein. Comme lorsqu’on accuse des blogueurs d’humeurs d’avoir fait dérailler un train alors qu’ils n’ont fait que partager des informations sur un sujet d’actualité.

Quelles conditions nécessaires pour un contenu citoyen?

Prenons un exemple. Le blogueur Atome a récemment publié une photo puis un article en tant qu’observateur de FRANCE 24, montrant l’état d’insalubrité dans lequel se trouve son quartier et par extension la ville de Douala:

atome.PNG

L’article fait mal au cœur mais peut pousser quelqu’un à se poser des questions. « Est-il journaliste? Est-il politicien pour se permettre ainsi de parler de l’actualité? A-t-il les compétences, le mandat nécessaire pour le faire? Les questions sont légitimes, quand on sait que la spécialité d’Atome se trouve dans le domaine de la culture plutôt que dans la citoyenneté. Mais entre nous: il faut avoir un bac +5 en science politiques pour avoir le droit d’indiquer que sa ville ressemble à une poubelle?

Des exemples comme celui-ci seraient nombreux, mais le point n’est pas là. Pour être brefs, oui, il a le droit d’écrire sur des sujets d’actualité lorsque personne ne prend la peine ne réagir convenablement. C’est son devoir de citoyen, plus encore s’il possède des aptitudes de rédaction et d’influence. On parle quand même d’un des blogueurs les plus productifs et prolifiques de sa génération.

Réagir négativement à des publications citoyennes venant de citoyens, c’est quand même un peu tactique comme approche non? Cela montre la nécessité d’un vrai débat sur  quel type de contenu quel type de personne peut faire. Le contenu citoyen, celui qui vise le mieux vivre de la société, n’importe qui peut le faire. Vous, moi, n’importe qui peut. Je dirais même plus, nous devons le faire.

Les exemples que j’ai cités plus haut sont du même domaine, celui de la participation citoyenne. La mission de tous. D’autant plus que, dans le cas de Rebecca Enonchong, sa préoccupation envers les régions nord ouest et sud ouest Cameroun est de plusieurs ordres: elle est originaire de l’une de ces régions, elle y dirige un incubateur technologique très actif, le sujet touche directement son business, (la tech sans internet c’est un peu compliqué) et de surcroit… Bah elle camerounaise.

On a pas besoin d’avoir un diplôme pour faire de la participation citoyenne, on n’a même pas besoin de savoir écrire pour faire de la participation citoyenne. La seule condition nécessaire et suffisante est… d’être un citoyen. Maintenant on peut clairement débattre de la manière. Est-il plus ou moins pertinent de publier sur tel ou tel média, est-il adequat d’adopter tel ou tel ton? C’est un débat ouvert.

C’était la chronique d’Ad.

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