Vers une tentative de definition de « start up »


Article premierement sur le blog TechOfAfrica le 30 mars 2017 à 11:43
La perception générale ainsi que la traduction française du mot « start up » donnent une définition qui correspond à peu près à ceci: « une start-up est une petite entreprise avec un très fort potentiel de croissance, liée à un produit exploitant une technologie innovante, sur un marché porteur« .  Si cette définition vous convient, pour ne pas avoir de maux de têtes, arrêtez de lire l’article. Sinon, nous verrons avec quatre éléments de distinction clairs, à quel point la signification donnée au mot « start-up » est incorrecte lorsqu’on regarde en profondeur, pour ne pas dire complètement fausse.

Une startup ne cherche pas (uniquement) la croissance

La seule caractéristique distinctive d’une start-up face à d’autres modèles d’organisations « classiques » se trouve dans ce terme, « croissance ». Ce qui n’est pas faux, enfin… Pas tout à fait. « Croissance » n’est pas du tout le bon terme quand on parle de start-up, et ceci pour deux raisons:
La première vient du fait que le mot « croissance » a généralement une forte connotation financière, surtout si l’on part du postulat qu’une start-up est nécessairement une organisation à but lucratif. Lorsqu’on s’éloigne de cette perception qui s’avère erronnée dans certains cas, tout un champ de réflexion s’ouvre, puisque la croissance ne se verra plus forcément en termes de chiffre d’affaire ou de bénéfices, mais avec n’importe quel indicateur de mesure pertinent permettant d’évaluer le succès des actions menées par l’organisation.
La deuxième raison qui explique l’inadéquation du mot « croissance » est toute simple. Il ne s’agit pas tout à fait de croissance, mais plus de « scalabilité ». Dans une start-up, il ne s’agit pas de croître, mais de croitre de manière  exponentielle et de plus en plus économique, et la scalabilité c’est justement cela. On peut voir la différence entre les deux concepts à travers la nuance entre la croissance elle-même, et les actions qui permettent d’y parvenir. En effet, la mesure simple de la croissance ne tient pas compte de la différence entre les facteurs internes et externes qui ont influencé cette dernière.  Par contre, si l’on mesure la scalabilité, ce problème est réglé. Concrètement, la scalabilité, c’est le sera le fait pour une affaire, d’engranger de plus en plus de bénéfices sans augmentation équivalente de ses coûts.
Un exemple cohérent peut être vu à travers le cas du business du transfert d’argent en Afrique, avec l’implantation des agences Express Union ou des kiosques de porte monnaie électronique. Express union est une entreprise en pleine croissance, faisant des profits énormes par le transfert d’argent dans les régions reculées, grâce à des agences implantées. Le problème, c’est que la croissance  d’un service comme Express Union est complexe. Elle passe par des actions coûteuses en ressources, en loyers, en sécurité, en connexion internet pour chaque nouvelle agence ouverte. Par contre, les services de porte monnaie électronique comme MTN mobile Money, Tigo Cash, Pour le même service de transfert d’argent qu’Express Union, croient de manière exponentielle: chaque nouveau guichet de porte monnaie électronique coûte moins cher que le précédent, conduisant à des indices de croissance (et donc de profits) exponentiels. Le service de porte-monnaie électronique est scalable. Le service Express Union l’est beaucoup moins.
La vie d’une startup est limitée dans le temps

Et cette limite est très courte. « Startup » pourrait être traduit par  « démarrer fort », donc démarrer avec une forte croissance. Traduit en français par l’expression « jeune pousse », l’idée de démarrage en croissance est bien transcrite. Le mot « jeune » juste avant a aussi tout à fait sa place, étant donné que, comme il est expliqué ici , une  start-up est conçue pour devenir en un temps record, une grande entreprise, ce qui implique une gestion bien trop chaotique, hors des standards, pour être viable à long-terme. Ceci est normal, la réduction au minimum  des processus est une condition nécessaire pour obtenir une rapide adaptabilité au marché, en attendant de trouver le fameux sésame, le  business model.
Ceci dit, ne nous mentons pas. Même si en théorie « start up » n’est censée être qu’une phase de développement, on reconnaît bien volontier des projets entrepreneuriaux qui s’arrêtent exclusivement à cette phase avant d’être rachetés. On peut citer ici Whatsapp ou Instagram, LinkedIn dans une moindre mesure. On peut aussi penser à des affaires qui mettent un temps particulièrement long avant d’atteindre la fameuse croissance, comme Air BnB ou BlaBlaCar.

Une startup n’a pas (encore) de business model

C’est la tâche fondamentale d’une start-up en tant que forme entrepreneuriale. Une entreprise applique un modèle d’affaire, une start-up recherche un modèle d’affaire.
Selon BusinessModelFab un modèle d’affaire est un document qui a pour but de modéliser la manière dont une entreprise crée de la valeur. Une start up, selon cette approche, est une entreprise (ou unr organisation) qui, à partir d’un moyen innovant, une nouvelle technologie, une nouvelle  approche, cherche un moyen scalable, de créer de la valeur, avec pour but de le répliquer à l’infini.
Ainsi, une start up n’a pas besoin d’avoir  de business plan, ce qui explique probablement la facilité de prolifération de ce type  entrepreneurial dans les écosystèmes déréglementés comme l’Inde ou l’Afrique. En effet, l’avantage d’une start up est qu’elle peut être conçue virtuellement à partir de rien, et créer quand même des revenus considérables. Les entrepreneurs ayant conçu Dropbox ont réussi à obtenir un million d’utilisateurs ainsi que des millions en levées de fonds à partir d’une vidéo et d’une communauté  d’utilisateurs attendant patiemment le produit. Si ça ne fait pas rêver…

Une start-up n’est pas (forcément) une entreprise.

Cette idée est controversée. Cependant, selon  Steve Blank, que l’on peut considérer comme le père du concept Start up: « Une start-up est une organisation sociale temporaire ayant pour objectif de découvrir un modèle d’affaire scalable, répétable et profitable« . La différence entre cette définition et celle donnée plus haut est remarquable. Tant même qu’on pourrait presque être choqué que le même mot corresponde à deux concepts aussi distincts.
De manière générale, une start up est, au début, une petite entreprise, c’est un fait. Mais dans la définition de Steve Blank, non seulement elle n’est pas forcément une entreprise, mais en plus une start-up n’est même pas forcément petite. De plus, ce n’est pas parce que la plupart des start up sont juridiquement constituées comme des entreprises, que toutes les start up le sont forcément.
Sinon, il devient compliqué d’envisager dans ce contexte, l’idée d’une start-up qui fonctionne comme un organisme non lucratif, ce qui est tout à fait concevable, et même encouragé par des  ténors de l’écosystème start-up comme Paul Graham, pour qui agir gratuitement dans les premières années d’existence est utile, nécessaire, voire vital. En effet, pendant trois ans, Google fonctionnait exactement comme une ONG, sans générer de revenus du tout. On peut aussi penser à l’histoire de Bayes Impact qui est celle d’une Start up devenue association.
On observe avec le  recul que le mot start up, dans ses définitions, rassemble plusieurs éléments parfois mal interprétés, et c’est normal. Le concept est relativement nouveau, et en réalité d’un point de vue structurel on peut même dire que le modèle start-up est aussi innovant et disruptif que celui des entreprises à capitaux sociaux lors de la révolution industrielle. Le point le plus pertinent ici par rapport à l’Afrique et celui qui explique peut-être son impact supérieur dans l’écosystème entrepreneurial tropical, c’est l’absence de réglementation mêlé à l’opportunité de forte croissance offertes par le modèle. L’apparente absence de stratégie globale, ajoutée à des promesses de profits rapides sont probablement ce qui fait le charme du modèle start up en Afrique, surtout si on ajoute à cela, avouons le, un certain  effet de  mode qui s’étend au-delà des frontières africaines.
La problématique la plus profonde à partir de là se trouve ailleurs. Peut-on vraiment retrouver, depuis les quelques années d’émergence du concept, des cas  patents de success stories entrepreneuriales à l’Africaine? Les réalités derrières les jolis noms et les beaux articles dans les journaux sont souvent bien plus dramatiques.
Petit moment de bonne humeur quand même, pour nous donner de l’espoir : La start Up Andela , en milieu 2016, avait obtenu un financement de la part du milliardaire propriétaire de facebook Mark Zuckerberg, d’un montant de 24 millions $. Un bon début peut-être. Sauf pour ceux qui , peut-être à raison, remettent en cause l’africanité d’Andela, l’entreprise étant effectivement basée en Amérique. Un autre débat.

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