Petite critique des comportements des africains sur les réseaux sociaux


Au moment où cet article est écrit, deux actualités ont secoué la journée du 10 juillet: 272 personnes viennent de mourir au Sud Soudan, en même temps que la finale de l’Euro s’est terminée par une victoire du Portugal. Il est Inutile de préciser l’info qui a fait le plus de bruit sur les réseaux africains, mais il peut être nécessaire d’étudier, de décrire, de décrier même les mécanismes qui poussent certains à choisir quelle actualité a de la valeur à leurs yeux.

1-Allons enfants de la patriiie

Comme dit en préambule, le Sud Soudan vient de connaitre une de ses journées les plus sanglantes, et le niveau de réaction des médias Est et Ouest africains en général pourrait provoquer une indignation qu’on peut considérer comme légitime, parce que la finale de l’Euro a fait plus de bruit que cette information de l’actualité. Il faut dire que l’affiche de la finale ressemble plus à une rencontre intercontinentale Europe Vs Afrique tellement l’équipe des Bleus est fournie en ressortissants couleur coca. « Coca » C’est pour dire noir en fait. Mais « noir » ça fait raciste.

Ce qui est le plus curieux dans cette journée, c’est que la tendance africaine était relativement uniforme: une grande majorité postait les souhaits que la France perde, pour ne pas avoir à écouter leurs bavardages dans les médias. Ce comportement démontre que l’Afrique, francophone du moins, s’abreuve beaucoup en informations auprès des médias de la métropole. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. D’une métropole. Sinon comment le tapage médiatique français devrait influencer le ressortissant ivoirien? 

Image ParisMatch de l’équipe de France de Foot. ‘Fin…

Peu importe comment on prend la chose, cette implication des pays africains dans les actualités occidentales est surréaliste. On dira que l’Afrique est passionnée de foot, oui mais ce n’est pas la première finale de l’Euro, pourtant celle ci aura suscité bien plus d’engagement sur les réseaux sociaux sous la meditérannée. Pourquoi? Tout simplement parce qu’en Afrique centrale et de l’Ouest, majoritairement, on parle français, donc forcément on réagit aux actualités françaises. Maintenant cela n’explique pas les cris de joie entendus après l’annonce de la victoire du Portugal, ça c’est une autre histoire. En outre on peut aussi se demander si les africains ont un minimum d’emprise sur les réseaux sociaux qu’ils utilisent avec tant d’ardeur. 

3-l’Afrique et la guerre, une histoire d’amour

Campagne Publicitaire Unicef. C’est ainsi que l’on voit l’Afrique ; est-ce normal ?

Il semble exister comme un standard dans le traitement de l’information africaine, dans et en dehors des médias sociaux. Vue de l’extérieur, la population africaine semble être constituée en exclusivité d’enfants rachitiques abandonnés dont on publiera les jolies photos sur Intagram avec hashtags #CuteWhiteMum #CuteBaby #SaveALife. Sinon on aura droit aux dissidents décapités, aux rebellions en tout genre. Parfois, pour changer, trouvera-t-on ça et là tel milliardaire américain faisant une « donation » pour telle start-up, ou telle école occidentale formant la première génération de codeurs, d’éditeurs, de graphistes. C’est un peu triste, même si pour être sincère il faut dire qu’on l’a bien cherché.

Parce qu’entre temps les médias africains souffrent souvent d’un marasme et d’une paralysie frustrants lorsqu’il s’agit de traiter valablement l’actualité. On se rappelle le Mali, et ces enlèvements ayant eu lieu en début d’année, qui avaient été tellement commentés sur les réseaux africains qu’ils étaient passés en « Trend » mondial. Une actualité africaine comme Tendance mondiale ce n’est pas banal, sauf que:  dans le même temps le traitement de cet événement avait été terriblement critiqué par le public, et ce pour la simple raison que les sources les plus fiables sur le sujet etaient l’AFP (Agence France Presse), et RFI (Radio France International), entre autres. 

Autant prévenir, Ce n’est pas un cri au néocolonialisme, loin de là. Simplement on remarque que des personnes ayant un niveau d’information proche du zéro par rapport à un événement ont accompli l’exploit de parler de ce dernier de manière constante et soutenue au point de le faire passer en tendance mondiale.

L’environnement social média africain devient du coup dépendant des traitements occidentaux, et ainsi une information est jugée plus fiable si elle provient du compte Twitter d’un journaliste BBC, plutôt que si elle est dite sur la chaîne nationale. Dans ce même environnement, toute une foule peut être émue aux larmes pour une histoire de drapeaux en photo de profil ou d’autres banalités.

En Afrique on passe plus de temps à commenter l’information qu’à la créer, plus de temps à critiquer qu’à observer les faits.

Et quand on ne fait pas cela, on agit dans le traitement de l’information avec une negligence et une légèreté parfois inexcusables, comme le montre cet article d’un disrupteur . La crise de confiance est réelle et à bien des égards le choix est de s’orienter vers certains comptes occidentaux jugés plus fiables ou au moins plus réactifs. C’est légitime lorsqu’on s’arrête sur le fait que très peu de chaînes de télévision ou de journaux africains ont investi le digital. Or comme la nature a horreur du vide…

3-Médias, quelle est votre profession?

Avant d’aller plus loin, redéfinissons la notion de « média ». Un média *ou médium en fonction du dictionnaire choisi*, du point de vue communication  est le canal par lequel sont transmises des informations. La différence entre les médias sociaux et les médias classiques se trouve dans l’interactivité. Dans un média classique, le spectateur/lecteur/auditeur n’a pas de possibilité de retourner l’information, et à peine peut-il la partager par bouche à oreille, ou choisir de changer de chaîne. C’est un chien devant une télé. Dans un média social, le même auditeur/lecteur/spectateur peut réagir à l’information, la commenter, la modifier même, et surtout l’amplifier en la partageant. Ainsi dans la perspective sociale, chaque public est aussi un mini-médium dont la voix compte. Littéralement. 

C’est pour cela que sur les réseaux sociaux, le « buzz » a autant de probabilités de se produire pour une bombe en centre ville que  pour une robe à la couleur indéterminée, une photo sans crédits, ou une coiffure à 10 000 € *faut dire que c’est quand même un peu beaucoup pour un résultat pareil*. Cette facilité dans la création de l’information et dans sa diffusion devrait normalement être une porte ouverte pour l’émergence de nouvelles tendances informationnelles en Afrique, mais on observe avec dépit que ce n’est pas le cas.

Il est de ce fait juste de penser que les pays d’Afrique, tous autant qu’ils sont, n’ont que très peu d’indépendance du point de vue de l’analyse et du traitement de l’information, déjà de maniere générale. Sur internet, c’est encore pire. l’Afrique dispose de moins de 5% du contenu Wikipedia, et comme si cela ne suffisait pas ce contenu n’est pas en majorité produit par des africains. En gros quelqu’un vient chez toi et t’apprend à cuisiner ton propre mafé. Logique.

Cependant, les choses changent peu à peu. Une étude de Portland  faisait état de ce que l’Afrique est le premier continent à traiter l’information politique via le réseau social Twitter. Devant les succès de l’utilisation excessive du service de messagerie Whatsapp, le concurrent Viber a lancé récemment un réseau social destiné à l’Afrique.  Pendant les dernières élections au Bénin les réseaux sociaux ont joué un rôle capital pour les candidats, au point que Patrice Talon soit allé à la rencontre de son électorat via un compte communautaire. Plus récemment, un pasteur aux opinions politiques difficiles à accepter pour le pouvoir en place a été incarcéré dans des conditions plus que discutables. Le Pasteur Evan Mawarire a été libéré le mercredi 13 juillet après plusieurs jours de détention et on peut supposer que toutes les réactions faites autour des htags #ThisFlag, #FreePastorEvans, et #ZimShutDown2016, transformées en un mouvement protestataire et pacifique dans la rue ce même mercredi n’y sont pas pour rien. Même si pour le coup, une fois de plus on peut être choqué. Car Devinez quoi? Si vous cherchez les tags FreePastorEvan sur Google vous tombez sur un pasteur Américain -_-. 

Image officielle du mouvement de libération du pasteur Zimbabwéen

Avec le recul, nous nous rendons compte que le traitement de l’information africaine, ne peut se faire qu’avec l’aide des africains eux-mêmes, pour ce qui les concerne. Nous avons en Afrique le besoin, les moyens et la volonté d’influencer les sphères politiques, économiques, entrepreneuriales de nos pays respectifs. Et de cela ressort la nécessité de produire plus de contenu, et du contenu de meilleure qualité. Sinon ce beau continent laissera ses plus belles histoires aux autres et nous nous contenterons de nous plaindre comme des gamins braillards lorsque nous n’aurons pas été représentés dans des compétitions qui ne nous sont même pas destinées. Htag OscarSoWhite. Htag Mauvaise foi. 

C’était la Chronique d’Ad, et le contenu que vous lisez, c’est moi qui l’ai créé. 

Et vous, que pensez vous des comportements des Africains sur les réseaux sociaux?

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2 réflexions au sujet de « Petite critique des comportements des africains sur les réseaux sociaux »

  1. La réaction d’un être humain de façon générale est fonction de plusieurs facteurs socio-politico-économico-culturels… il en est de même avec les réseaux sociaux. Par contre les réseaux sociaux ont cette manie à vouloir nous orienter vers des sujets… du moins vers les mêmes sujets que ceux qui intéressent nos « amis » sociaux (surtout Twitter), et c’est peut être une des chodes qu’il faut décrier.

    1. Oui, ce sont vraiment les réseaux sociaux qui nous poussent à agir ainsi? Ne sont ils pas qu’une caisse de résonance de nos propres pulsions? J’avoue personnellement que quand je clique sur les jolies photos de chats, c’est pas Facebook qui m’influence… toi si?

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