Tentative de description d’un concert de rock en plein Douala


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Ça commence doucement, avec une prière, puis un rappeur qui chante un de ses sons, « si seul », à la guitare. Ça finit avec toute une foule qui crie un refrain à tue-tête et un solo de guitare digne des plus grands. C’est normal, nous sommes au Cameroun, la mère patrie de la bonne Musique. Nous sommes à la deuxième édition du Festirock Cameroun, nous sommes à un concert de rock.

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*Jingle: « Salt & Light », August Burns Red*

#Wabidiboo

Le rappeur est bon. Un peu à contre temps, mais Les rimes sont placées, simples, sucrées. On n’ira pas jusqu’à dire qu’il nous rappelle ces moments où notre mère chantait des berceuses, mais c’est pas loin.

Ensuite, Une chanteuse, une application présentée, un maitre de cérémonie qui met de bonne humeur, et des hôtesses qui sont sympathiques, et surtout qui ne sont pas vêtues comme des actrices de films que Dieu n’honore pas.

Dieu justement, parlons en. Les clichés sur le lien étroit entre le rock et l’ennemi de nos âmes (Satan, pour ceux qui cherchent son nom de famille) sont profondément ancrés dans la culture colonio-chrétienne* de nos pères, et donc le fait de placer l’évènement sous une prière d’ouverture est une idée d’une grande sagesse.

Oh. Les vraies choses se mettent en place..

On présente un groupe, on n’entend pas trop le nom. « Silent echoes ». Hwmm. Manque un peu d’exotisme. Le groupe aurait pu s’appeler Mboa killers, ç’aurait été plus intéressant. C’est quand même pas banal un groupe de rock camerounais, donc autant y aller directem…

La batterie est lancée. Les premières notes sonnent, tout va très vite ,on reconnait le style, makossa! Ils jouent du makossa! Trente secondes d’enjaillement du pays avant un virage très serré. Coup de chapeau au batteur, on est passé du makossa au rock métal en trois secondes. La grosse caisse cogne fort, la caisse claire cogne vite, les cymbales s’affolent. Wouh!

Les premiers cris se font entendre, les fans savent que c’est pour eux tout çà. Première chanson. Le public n’est pas homogène. La salle compartimentée n’aide pas, du coup ceux qui savent ce qui se passe sont debout, les spectateurs sont assis. Ils apprécient la musique au lieu de la consommer. Pfft. Touristes.

Quand on fait un tour de la salle on voit un groupe de jeunes vêtus de noir, maquillés jusqu’aux yeux. Ils ont joué le jeu du déguisement, un point pour eux. On ne sent pas d’odeurs de cigarette ou de stupéfiants, on voit des adolescentes et des gens plus âgés, très âgés même. La musique rassemble.

Qu’entend-t-on là? Métal symphonique? Celui qui est apparemment le leader du groupe, MorrO, fait une prédiction intéressante. Le rock, dans 20 ans, sera la musique camerounaise par excellence. Quand on voit le talent des musiciens on y croit. La chanteuse passe en voix de tête. C’est difficile au début, mais ça passe. Les aigus de la demoiselle détonnent avec les graves de MorrO. Solo de guitare. Cris du public, osmose. Ils finissent sur une légende de la musique métal symphonique, le groupe très controversé Epica. Ils ont commencé par les pionniers du style, peut-être un message. Ils sont aussi des pionniers. Hein? Ils finissent comme ils ont commencé, en sortant sur des notes makossa! Ils sont fous ces rockeurs.

Bilan, tout était bon. Un peu décevante la qualité vocale, mais on sait que le métal symphonique est l’un des plus difficiles à chanter. On attend la suite.

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On voit Arthur qui arrive. Les gens chuchotent. C’est lui le promoteur de cet événement apparemment. On voit Laayine, la foule est en délire. Ça crie dans tous les coins, la sauce a bien pris. SOLO!

Arthur à la basse nous fatigue, Paulhan et Kusanagi *ceci est un pseudo* à la guitare nous mettent d’accord! C’est le « venez voir allez dire » comme on dit chez nous. Ils sortent leur playlist, on voit direct que le but est de toucher les gens. Un « Bring me to life » d’evanescence plus tard, assez mitigé d’ailleurs, nous sommes sur notre faim. On veut du rock les gars. Nous sommes des connaisseurs. Si on voulait écouter de la pop de second goût on serait allé au concert de Locko. Mets nous bien, mets nous bien! C’est comment!

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Daydreaming de Paramore. Bon. C’est toujours un peu mainstream mais c’est déjà pas mal. Et puis la demoiselle qui chante a une belle voix, même si elle paraît un peu timide. Très timide. Argh qu’elle se reprenne ! On entend des langues féminines qui s’en donnent à coeur joie. La moquerie vraiment c’est quelque chose.

Pause.

Quelques notes. Un riff de guitare connu. C’est toujours Paramore. Les fans de la première heure comprennent tout de suite. C’est juste la meilleure chanson du groupe après « Decode ».

« All i wanted was you… »

Batterie! Guitare! Osmose pleine. Ah la chanteuse commence à se réveiller. Ines, elle s’appelle Ines. Ines chante avec une telle sensibilité qu’on a l’impression que toutes les filles de la salle ont été jetées par leur amoureux la veille. *C’est trop ma chanson!*

Pendant qu’on voit une certaine dompteuse de foulards lever les mains comme à une évangélisation, on attend le climax de la chanson. Pause, suspense. Probablement les trois plus longues secondes de la vie d’Inès…

« All I Wanted Was youuuh… OUHHHH OW! »

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Paulhan, le guitariste, finit en beauté.
Apparemment celui qui a fait la programmation était amoureux , la prochaine est une reprise de Because Of You de Kelly Clarkson. Massah. Même à Délire les gens ne sont pas fous comme ça. Elles connaissaient toutes les paroles. À se demander si les organisateurs du festirock n’avaient pas invité exprès toutes les folles furieuses de la contrée. Le spectacle est vraiment beau, et tout le monde se lâche vraiment, même si quelques odeurs nauséabondes *et très probablement illicites* viennent pourrir l’ambiance. Ils doivent être deux ou trois, ils ne suffisent pas pour trahir les valeurs afro-rock qui sont en train de s’installer, car oui, les valeurs afro-rock existent depuis le 11 février 2016. Aller plus fort, aller plus loin, mais aller ensemble.

C’était beau et tout, mais trop… Romantique. Les fans de rock ne sont pas tous des émos en attente du  14 février… Une Chanson douce de plus. Guitare et voix de Laayine, on dirait une ballade.

Les voix des gars sont presque toutes cassées, donc ce moment de douceur est bien à propos, tout du moins jusqu’à la dernière chanson:

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« Thank you! thank you! thank you! ». On voit un gars qui sort de nulle part. Il est grand vif, chaud, et il rappe de ouf. Ralph Kevyn l’original. Faudra penser a le suivre sur Twitter après le concert celui là.

Wait… C’est le son que je crois?
« What the **** are you waiting for! »

Oui! C’est bien çà !

Numb/Encore de Jay z et Linkin park! Parfaitement exécutée a la fois dans les rimes et dans l’instru! La qualité est juste incomparable! Le jeu est exceptionnel ! C’est historique! HISTORIQUE!

« I’ve become si numb I van feel you there! Brcome si ‘umb son  »

Org. Laissons un peu tomber les pirouettes rédactionnelles. Personne ne connait les vraies paroles de toutes manières. Si vous n’y étiez pas, sachez que vous avez raté une bonne occasion de dépenser 1500 FCFA, car Il y a peu de mots de la langue française qui pourront décrire le professionnalisme qui émanait de ces musiciens. De ces chanteurs et chanteuses. Il y a d’ailleurs une expression « hood » qui correspond bien à ce que c’était. Le festirock Douala 2016, c’était la pâte.

C’était la chronique d’Ad, And we just rock you.

Plein de choses ont été omises dans ce billet, pour que chacun de ceux qui ont vécu ce moment puisse le raconter comme il le sent, vous donc avez la plume. Alors, comment c’était le #237festirock?

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5 réflexions au sujet de “Tentative de description d’un concert de rock en plein Douala”

  1. looooool. Still feels too cliché for me. L’Afrique a besoin de s’ouvrir c’est vrai mais elle a surtout besoin de se faire entendre dans le concrt des nations avec son identité. Je trouve que nos cultures vont finir phagocytées lorsque la génération de nos parents aura totalement disparu.

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