La fin(?) de la chronique #2


pablo

Cet article est la mise à jour d’un billet écrit et publié deux ans plus tôt, dans lequel j’exprimais les difficultés que peut traverser un blogueur en pleine crise de la page blanche. Pour passer directement à la mise à jour du billet, merci de cliquer ici. Dans le cas contraire, bonne lecture.

17 november 2015, 02h32

Mon but dans ce billet est de mettre en lumière une difficulté que J’ai rencontrée avec ma plume, donc il est possible que ça ne concerne pas certaines personnes qui liront. D’avance, pardon. Cependant si vous continuez la lecture et que vous vous sentez touchés, ce sera toujours une bonne chose. Enfin. Je suppose. Bref.

« Ad?

-Oui?

-Pourquoi tu écris? »

Yo.

Ça fait maintenant un certain moment que je me pose cette question, et l’absence d’une réponse pertinente me trouble, à un point tel que j’ai décidé, il y a quelques mois, d’arrêter.

Je n’ai pas abandonné, cependant il me faut parler. Cracher mon besoin, exprimer mon inquiétude, et toi, cher lecteur, tu es mon exutoire.

« 1. Au commencement Ad créa la chronique d’Ad, espace de prolifération de l’anormalité »

Je n’avais déjà aucune raison réelle d’écrire lorsque J’ai ouvert cet espace, à part peut-être que j’avais envie d’écrire, et surtout d’être lu. Oui, Jugez-moi. C’est une nécessité pour certains humains de partager ce qu’ils ont appris d’autres, alors c’est ce que J’ai fait, au début. Un article, un invité, un sujet.

Je crois déceler en moi *comme en beaucoup d’autres* une passion certaine pour parler des gens, que ce soit objectif ou tout à fait partisan. Mes premiers articles étaient Donc naturellement orientés vers cette tendance, et J’aurais pu continuer pendant encore un moment si il n’y avait pas eu un total imprévu, un fantôme dans la machine, un Hyde dans le Dr Jekyl.

J’ai été lu.

À cause de circonstances que je n’avais absolument pas prévues je me suis retrouvé en face de gens qui me lisaient, qui commentaient, qui appréciaient *un peu*, jugeaient *souvent*, et qui avaient des attentes, beaucoup.

Hâ les attentes. Elles ont effet pernicieux sur l’humain, car à cause d’elles nous sommes obligés de réfléchir aux conséquences de nos actes.

Pour ne pas aller en profondeur, quand des gens ont des attentes envers toi tu te sens obligé de tout faire pour les satisfaire. Et c’est là que ça commence à partir en carambars.

Parce que tu te retrouves face à des choix que tu n’avais absolument pas prévu de faire, des questions que tu n’avais absolument pas prévues de te poser, tu agis non plus en fonction des besoins primaires de ta cause, mais en prévision des réactions probables que tu auras.

Un exemple. Tu papotes avec quelqu’un qui écrit aussi, tu partages tes inquiétudes et tout et tout, et puis question:

« Hey, c’est quoi ta ligne éditoriale? »

Bug dans la matrice.

« 2. Ad récréa la chronique dAd, se donna un semblant d’image, appris le Css et le htmls, lut des livres pour apprendre à Twitter. Ayant fait tout Celà, il vit que c’était bon. »

J’avais un rythme soutenu, un public fidèle, et une flopée de thèmes à aborder. Êtes-vous féministe? Êtes-vous un asocial? Êtes-vous marginalisé-e-s? En gros: vous sentez vous considéré-e de quelque manière que ce soit comme sous-estimé-e, en mal de confiance en vous? Venez, je vous comprend. Venez voir papa.

D’ailleurs j’avais trouvé une super définition à Ad: Asocial Déterminé. J’étais fier de la valeur ajoutée que je conférais maintenant à mes articles, et très fier des retours aussi. En plus j’avais été marqué par deux confrères comme étant « cool » *ce sont leurs termes*, et, piment dans le Coki, on m’avait reconnu dans la rue. Deux fois. Enfin presque. Deux filles. Je les croise, on discute, je dis « Ad » et elle me dit:

« Ad… De la #Chronique_dAd? »

Oui m’dame. De la Chronique d’Ad. Moins forts les flashes. Quand je relis là je me dis qu’en fait je ne devrais pas avoir de raisons d’arrêter, vu que manifestement tout va bien non? Non?

Non.

Tout n’allait pas bien. J’avais atteint des minima intéressants dans un domaine passionnant, mais je n’étais pas en paix, pour une raison à la fois évidente et invraisemblable, qui se trouve dans la toute bête question posée en début de ce billet.

Je pourrais encore parler longtemps mais j’ai explosé mon quota de pronoms de la première personne dans cet article, sans compter les passages où je me permets de parler de moi à la forme impersonnelle. Ma tête est tellement enflée en ce moment que si je regarde mes pieds je tombe, alors que je n’ai pas encore fini de traiter la problématique que J’ai soulevée ici.

Une autre grande question se pose toutefois, je m’en vais te l’adresser, à toi, cher lecteur.

Pourquoi tu écris? Et si tu n’écris pas: pourquoi tu lis?

Je le demande autrement: si tu occupes comme moi un espace numérique, tu te permettras de dire avec fierté « j’ai un blog », de temps en temps, aux abords d’une conversation pseudo-intellectuelle. On te posera cette triviale interrogation juste après:

« Hâ bon? Et tu écris sur quoi? »

Et je peux parier mon mot de passe Twitter que tu vas bafouiller. Vas-y, essaye.

Alors?

Tu ne peux pas t’empêcher d’avancer un minimum de trois sujets n’est-ce pas? Genre culture, société, etc…. Les plus sincères diront « tout et rien », et les plus narcissiques diront « tout ce qui me passe par la tête ». Sauf que c’est justement impossible. Nous avons tous une ligne qui nous motive, en trame de ce que nous écrivons, une sorte de zone de confort didactique qui nous conduit.

Je veux trouver la mienne, parce que si je ne la trouve pas, je mourrai. C’est pour çà que J’écris. Pour ne pas mourir.
Pour ne pas laisser tout çà derrière moi.

« 3: Il créa son blog à son image, il créa Wabidiboo »

J’aime bien parler des gens que j’aime. Raconter les dernières découvertes asociales, applaudir les dernières innovations du monde libre, et commenter l’actualité ne me botte pas tant que ça, mais parler des gens et des idées qui me plaisent ça me motive vachement.

Ce serait cool, que je partage les découvertes émotionnelles, numériques ou sociales. J’inviterais des personnes, peut-être, à raconter leurs relations avec la société, je parlerais de tous ces gens qui font tant pour les communautés, ou qui la subissent avec amertume, vraiment ça me plait.

Un sujet, un invité, une idée à retenir. Ce serait bien ça. Ce serait clair, précis, ce serait une ligne éditoriale originale.

Alors maintenant, je te demande. Qu’est-ce qui te motive à te trouver ici? Tout de suite? Sur cet espace numérique? Il te faut nécessairement trouver une raison d’écrire sinon tu risques de te sentir plutôt mal…

Tu peux répondre en commentaire ou aller dans le formulaire qui se trouve probablement à ta gauche, mais prend bien conscience que ta réponse orientera ta manière de continuer ce que tu faisais jusque là. Donc je repose la question, qu’on s’entende:

1-Si tu écris:Pourquoi tu écris?

2-Et si tu n’écris pas: Pourquoi tu lis?

C’était la Chronique d’Ad, la deuxième est ici.

-Faisons le bilan (01 August, 2016 18:47)

Pour arriver à la chronique de l’année suivante, cliquer ici. 

A un moment ou à un autre, lorsqu’on effectue une activité répétitive qui implique d’autres personnes que nous, nous devons faire le bilan, pour voir si on a bien fait son travail. Comme une évaluation, un contrôle. Forcément s’agissant d’un blog il s’agira de nombre de vues ou de partages sur les réseaux, mais pas seulement. Pour ceux qui produisent du contenu, qui ont une audience, la question qui importe est celle-ci: « Est-ce que ce que je fais compte vraiment ? ».

Faisons le bilan. Pensons aux objectifs que nous nous étions fixés au début de l’année. Qu’est-ce qu’il en ressort ? Voyez vous l’année est conçue pour que nous puissions prendre du recul, faire notre introspection au moins deux fois. Pendant les congés de noël, on peut se lancer dans de grandes envolées lyriques entre deux morceaux de poulets, et se demander ce qui reste après noël. Les bruits de la fête peuvent embrouiller, mais la plupart du temps ça se fait.

Ensuite, il y a les vacances. C’est vrai que ça concerne beaucoup plus les collégiens, mais la vérité c’est que le monde entier tourne autour de l’adolescence. Ce n’est qu’entre 10 et 20 ans que notre vie nous appartient vraiment, le reste du temps nous devons rembourser l’investissement que nos parents ont fait en construisant un avenir meilleur pour leurs petits enfants.

En ce moment nous sommes en plein dans les recherches d’universités ou de bourses, donc réfléchir, questionner c’est pile le mood de la période.

Pour ceux qui lisent fréquemment ici, je vous avais déjà posé la question en fin d’année dernière, et vous n’avez qu’à y aller pour revoir votre réponse, et savoir ce que ça a donné jusque là. Pour vous les nouveaux, ce n’est pas grave, vous n’avez qu’à aller sur l’article quand même et répondre à la question, et puis on se revoit dans six mois :-).

Oui, je fais la promo de mes articles et alors. Ne me jugez pas. Non ne me jugez pas. S’il vous plait.

Bref.

Depuis que j’écris régulièrement, j’ai [un peu] plus que deux lecteurs par jour et sincèrement ma plume s’améliore. D’ailleurs vous me le prouvez à chaque nouveau shot par vos réactions plus ou moins positives, mais toujours intéressantes. Au tout début, je n’avais pas autant d’appréciations. J’écrivais beaucoup selon les fils de mes pensées et ça donnait des résultats un peu brouillons. Par grâce, je fis certaines rencontres par lesquelles ma plume put s’améliorer, et les personnes qui m’ont aidé au tout début de Wabidiboo ont droit à de pleines pages de crédits. Je pense ici surtout à Dawn et à Xtincell, l’une pour avoir été une muse pour moi, et l’autre pour être, jusqu’à aujourd’hui un modèle en terme de qualité d’écriture. Bien sûr mon style est loin d’être parfait, mais si vous comparez avec mes anciennes publications vous verrez vite de quoi je parle.

Mais vous ? Est-ce que vous vous sentez plus épanouis ? Commencez par toucher chaque zone de votre vie, même les plus gênantes. Depuis combien de temps n’avez vous pas pleuré ? C’était quand votre dernier achat important ? Toutes les questions comptent.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie ? Un déménagement ? Un licenciement ? Un emploi qui vous « prend tout le temps » ? Un amour ? Non. Par pitié, ne parlons pas d’amour. Changeons de sujet.

Voilà.

Qu’est-ce que vous avez réussi ? Echoué ? Qu’est-ce que vous avez perdu ? Prenez le temps d’y penser. La vie est plus courte qu’on le croit, et il y a de grandes chances que vous soyez morts d’ici trois ans ou à la fin de cette année. Bah oui quoi. Réfléchissez-y, combien de vos connaissances mangent déjà les pissenlits par la racine alors qu’ils « n’avaient même pas encore commencé à vivre » ? Combien de vos anciens camarades, de « sœur d’un ami » sont morts rien que dans des circonstances bizarres ? Stupides ?

Vous pensez que ça n’arrive qu’aux autres? Hum. Attendez.

selfish
ca, c’est vous.

Faisons une petite expérience. Supposons que vous dormiez huit heures par jours. C’est peu probable mais supposons. On enlève encore dix heures d’un emploi ou d’une formation académique que vous détestez, pendant lesquelles vous vendez votre temps, vos compétences et votre âme à un employeur ou à une école quelconques. Faites le calcul de votre temp libre journalier à partir de là.

24-10-8=6 HEURES.

Vous avez eu, chaque jour, six heures pour changer votre destin, votre vie, ou celle d’un autre, d’une autre. Qu’en avez-vous fait ?

C’était la chronique d’Ad.

-Nous ne sommes plus seuls (04 november 2017, 6h13)

Pour revenir au début de cet article, cliquer ici.

Trois ans déjà que nous avons commencé ensemble. A mes débuts l’objectif était juste d’écrire parce que j’aimais ça. Ma passion avait trouvé avec le blogging tous les outils pour exprimer ma créativité, mes opinions, mes doutes aussi. Le blogging n’était pas conçu pour être une partie importante de ma vie. Paradoxalement, cette aventure est devenue part de mon identité, se dévoilant peu à peu comme un fleuve qui s’écoule, avec des hauts, des bas et des torrents, beaucoup de torrents.

Je peux avouer aujourd’hui quelque chose que personne n’ignore, lorsque je me suis lancé j’avais une connaissance zéro en matière de création de contenu contextualisé, zéro maitrise des outils sociaux, zéro compétence en communication digitale et à peine quelques connaissances du code, datant de mes années geeks au collège. Je remercie encore M Manga pour son soutien indéfectible :-). Aujourd’hui je suis à trois ans. C’est long, avec quelques succès: [Insérer ici réalisation manifeste de ma part en matière de blogging].

Le plus merveilleux dans cette aventure, c’est que le papier a une mémoire. Même le métaphorique papier numérique sur lequel nous écrivons ces lignes vous et moi se souviendra encore de nous dans deux ans, comme il se souvient aujourd’hui de ce que nous étions dit deux ansplus tôt. Lorsqu’on tient une plateforme de ce genre on finit toujours à un moment par être surpris de nos propres écrits ou des commentaires de ceux qui ont eu le courage et la tendresse de partager leurs pensées avec nous.

Les gens changent, grandissent, progressent, ou pas. La première fois que cet article était chargé sur le blog beaucoup d’entre nous en étaient encore à la découverte de leurs rêves, de leur identité. Aujourd’hui, Kimia et Kephren sont des preuves que certaines sont  passées par la douloureuse mais merveilleuse étape de la maternité, qui a l’avantage de systématiquement nous amener à l’essentiel. Un enfant, ça nous rapproche toujours de ce qui compte vraiment.

L’environnement change aussi.  Il y a deux ans, au Cameroun, nous n’avions pas connu Eseka, nous n’avions pas subi la crise anglophone, nous n’avions pas des centaines de jeunes ambitieux, désireux de « devenir blogueurs », pour des raisons plus ou moins légitimes. Il y a deux ans, écrire pouvait continuer de n’être qu’un loisir. Aujourd’hui, écrire est un devoir, une responsabilité.

Nous ne sommes plus seuls.

Les premières et secondes générations d’entrepreneurs se sont succédées dans les fils de discussions. On commence à voir les premiers succès concrets, les premiers « nous avions raison » pointent à l’horizon. Ceci, dit, les premiers échecs ne sont pas loin non plus. Les défis sont immenses, la tâche est complexe pour tout créateur de contenu africain francophone. Rester loin des champs du gouvernement devient de plus en plus difficile, les premières traces de collusion entre la plume et le col blanc se laissent voir. Il ne s’agit plus d’écrire pour soi même, plus seulement.

Ceux qui n’auront pas pris dans leur coeur des engagements sincères envers eux-mêmes auront beaucoup à perdre: leur dignité, leur temps, plus encore pour certains. L’heure n’est plus au doute, on veut des faits.

Ceux qui ont encore ce temps pourront toujours critiquer, mais leurs voix risquent de bientôt s’étouffer. le mot « critique » a perdu son sens premier, on ne l’entend plus d’une bonne oreille. Ne vous y essayez plus, on vous répondra que les jaloux vont maigrir. Comique, dans un continent souffrant à 30% de la malnutrition.

Aujourd’hui plus que jamais, être noir est un devoir. Ceci dit, sur un tout autre ton, Je suis tonton. Daniella a déjà sept ans et Lucito a fêté son premier anniversaire ce matin, à Bata, Guinée Equatoriale. J’ai pu le lui chanter au téléphone, même si nous étions un peu tristes à la maison. A cause de perturbations sur le réseau 4G on n’a pas pu l’avoir en appel vidéo. On n’est pas désespérés pour autant, sa mère et lui viendront pour les fêtes. Sans visa.

Ce paragraphe aurait-il pu s’écrire il y a deux ans?

 

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5 réflexions au sujet de “La fin(?) de la chronique #2”

  1. J’écris parce que j’ai décidé d’agir sur des problématiques qui me touchent au travers de l’écriture. Elle agit comme la première étape d’un long cheminement d’activisme auquel je souhaite me vouer. Le challenge est immense mais c’est cela qui est encore plus plaisant, se remettre en question pour se dépasser chaque jour un peu plus.

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